Détections/sélections: pourquoi on se trompe ?

Talents Précoces vs. Talents Tardifs

Détections/sélections: pourquoi on se trompe? Je vous en ai déjà parlé dans mon précédent article “Comment intégrer l’Equipe de France de Basketball?”… Aujourd’hui je vous explique en détail mon “MAIS“, vis à vis du problème majeur que pose le système des détections/sélections dans le basketball (tel qu’il est réalisé aujourd’hui): passer à côté de 20% de talents et futurs potentiels du Haut-Niveau à cause de l’âge chronologique!

Le problème des détections/sélections?

De tout le temps à jamais, on catégorise les niveaux par âge chronologique (U11, U13, U15, U18, U20… etc.) et par sexe, afin d’être le plus impartial possible. Mais cette méthode crée des inégalités, souvent à la faveur des enfants nés en début d’année ou de ceux qui ont un développement précoce… ce qui se traduit par une perte de talents estimée à 20%.

Qui ne se souvient pas de s’être fait la réflexion, en voyant un match de jeunes, qu’au sein d’une même équipe, on se retrouve avec des joueurs fins comme des allumettes, et de l’autre côté des “golgoths”?

Tout comme on laisse les “petits” sur le banc, à attendre leurs tours, car ils perdent tous leurs duels et il ne font pas le poids “physiquement” contre les “géants” de l’équipe adverse…

Comme déjà vu dans l’article “A quel âge travailler telle ou telle qualité physique?”, l’effet de l’âge relatif, de la croissance, de la maturation et de l’âge biologique, sont des éléments cruciaux à prendre en compte! Car cela impacte directement le système des détections/sélections. Quand on voit qu’on commence à détecter et sélectionner des potentiels à partir de 11ans, on sait qu’on aura forcément à connaitre et comprendre les fonctionnements et les étapes du développement physique, physiologique et mental des enfants et des adolescents. La prise en charge et la formation des joueurs et joueuses jusqu’à l’âge adulte peut ainsi avoir de lourdes répercussions: un jeune ayant un potentiel ou un talent élevé, mais un niveau de maturation physique faible, va être confronté directement à la concurence de jeunes qui sont prêts et opérationnels immédiatement. Et comme le dit Tony PARKER lui même en parlant de son passage au Pôle France situé à l’INSEP (ou Centre Fédéral): “Quand tu fais parti des meilleurs jeunes de France, il faut être très fort mentalement pour être capable d’accepter la concurrence et de vouloir continuer à progresser malgré les remarques et les critiques des entraîneurs”. Le problème quand on est aussi jeune (11-13 ans, l’âge des premières détections/sélections) c’est que d’une part on à peut être pas la force mentale suffisante pour dépasser cet obstacle, et d’autre part, ces jeunes talents tardifs sont mis volontairement de côté du sport de performance lors des détections/sélections par les entraîneurs…

Pour aller plus loin que les excellentes 30min d’intervention de Sébastien RATEL, je vous préconise son livre de la PREPARTION PHYSIQUE DU JEUNE SPORTIF qui est tout simplement LA référence de l’entraînement chez les enfants et les adolescents (de 5 à 17ans).

 

L'âge relatif

Comme déjà dit plus haut, au basketball, les enfants et les adolescents sont “catégorisés” en fonction de leur âge chronologique (U11, U13, U15, U18, U20… etc.). Une répartition qui fait foi depuis des décennies afin de garantir l’égalité de chance et de participation entre les joueurs/joueuses de même âge.

MAIS comme je l’ai déjà évoqué il existe, entre 2 enfants de la même année, une différence qui peut aller jusqu’à 12 mois d’écart entre ceux qui sont nés en début et en fin d’année. Cette différence induit souvent une surreprésentation des joueurs nés au début d’année par rapport aux autres (et c’est quelque chose qui existe dans tous les sports collectifs). Ce phénomène s’appelle «l’effet de l’âge relatif » (RAE).

Mais alors pourquoi le fait que les enfants de janvier soient plus représentés dans le Haut-Niveau que ceux nés en décembre représente un problème au niveau de la détection et des sélections?

Et bien parce que un joueur/une joueuse né(e) lors du premier trimestre bénéficie d’une avance de quelques mois au niveau de son développement par rapport à ses coéquipiers qui sont de fin d’année. Cela se traduit par des capacités physiques, motrices, cognitives et psychologiques plus avancées (= avantage temporaire au niveau de la performance). Grâce à cet “avantage”, les plus “vieux enfants” sont plus souvent confrontés à des événements positifs (ou de réussite), ce qui renforce leur confiance et leur estime de soi (Pilier Mental).

20% DE PERTE DE TALENTS

Des études ont montré que les entraîneurs identifient ces enfants comme plus talentueux et les soutiennent davantage que les plus jeunes, perçus comme plus faibles. Les capacités à l’instant T sont encore trop souvent privilégiées par rapport au potentiel à long terme. On va donc avoir de « faux talents », qui vont être sélectionnés pour leurs performances supérieures immédiates (dues à leur âge relatif avancé), privant ainsi des plus jeunes joueurs/joueuses d’une place en sélection (et parmi eux de « vrais talents »). La différence (en pourcentage) de l’âge relatif entre un garçon né en janvier et un autre en décembre diminuent progressivement, allant jusqu’à disparaître à l’âge adulte : à 5 ans ≈ 20 %, à 10 ans ≈ 15 %, à 20 ans ≈ 5 %. Les plus jeunes joueurs ont besoin de plus de temps pour développer leur plein potentiel. C’est pourquoi ils ne réussissent que rarement à l’étape de rejoindre les sélections… et disparaissent donc complètement du champ de vision des sélectionneurs. Selon une étude menée par Romann et al. (2018), on estime à environ 20 % la perte de talents. Soit un enfant sur cinq laissé injustement de côté lors des détections/sélections…
  1. Gil, Susana & Badiola, Aduna & Bidaurrazaga-Letona, Iraia & Zabala-Lili, Jon & Gravina, Leyre & Santos-Concejero, Jordan & Lekue, Jose & Granados, Cristina. (2013). Relationship between the relative age effect and anthropometry, maturity and performance in young soccer players. Journal of sports sciences. 32. 10.1080/02640414.2013.832355.
  2. Romann, Michael & Rössler, Roland & Marie, Javet & Faude, Oliver. (2018). Relative age effects in Swiss talent development – a nationwide analysis of all sports. Journal of Sports Sciences. 36. 1-7. 10.1080/02640414.2018.1432964.
  3. Marie, Javet & Born, Dennis-Peter & Moser, Heinz & Fuchslocher, Jörg & Romann, Michael. (2018). The role of relative age and biological age on talent selection in Swiss youth soccer.

Croissance biologique (maturation)

Un challenge supplémentaire vient s’ajouter au moment de la puberté : la croissance biologique (ou développement biologique, ou maturation)!

Chez les garçons, la puberté commence en général vers 11 ans et prend fin aux alentours de 16 ans, avec un pic de croissance à 13,8 ans (en moyenne). Cette phase de croissance accélérée est caractérisée par de nombreux changements interdépendants mais non synchrones aux niveaux physique, physiologique, biologique, cognitif et émotionnel.

Un exemple flagrant de changement physique qui s’opère lors de cette phase est le gain en taille corporelle, qui peut aller de 10 à 40 cm, à raison de 6,5 cm par année en moyenne pour les garçons (le même phénomène se produit chez les filles mais plus tôt, à partir de 10 ans et demi jusqu’à environ 14 ans).

Chez certains enfants, la puberté aura lieu dès 9 ans, on parlera alors de maturité précoce, alors que d’autres ne l’expérimenteront pas avant 14 ans (maturité tardive). C’est suite à ces différences de timing qu’apparaît la notion de développement biologique (maturation) pour marquer le décalage avec l’âge chronologique.

Mais alors, comment repérer ce décalage si impactant pour les détections/sélections?

Et bien il existe différentes méthodes permettant de définir le stade de développement biologique d’un jeune athlète:

  • La FFBB à mis en place le Logiciel “Prédict Taille” pour aider les CTS et CTF lors des détections/sélections pour les aider dans les choix et dans le repérage des futurs “grands” potentiels (en terme de taille) et pour évaluer/estimer le niveau de maturation des jeunes athlètes. Le logiciel s’appui notamment sur cette étude scientifique de Jean Claude PINEAU, du CNRS (d’autres études sont bien évidemment prise en compte pour affiner les estimations).

L’équation, développée en 2002 par Mirwald et al., permet, en prenant en compte les données anthropométriques et l’âge chronologique, de répartir les joueurs dans trois catégories (c’est la différence qu’il y a entre l’estimation du pic de croissance de l’enfant et le pic de croissance moyen [13,8 ans chez les garçons]):

  • Croissance biologique (ou maturation) précoce
  • Croissance biologique (ou maturation) normale
  • Croissance biologique (ou maturation) tardive
  1. Mirwald, R. & Baxter-Jones, Adam & Bailey, Donald & Beunen, Gaston. (2002). An assessment of maturity from anthropometric measurements. Medicine and science in sports and exercise. 34. 689-94. 10.1097/00005768-200204000-00020.
  2. Pineau, Jean-Claude. (2018). Prediction of male basketball players’ adult stature from the age of 13 years using chronological age and maturity. The Journal of sports medicine and physical fitness. 59. 10.23736/S0022-4707.18.08784-4.

Jusqu'à 5 ans d'écart...

Les différences entre l’âge chronologique et biologique peuvent aller jusqu’à 5 ans. C’est-à-dire qu’au sein du même équipe de joueurs de 13 ans, on va retrouver des jeunes “tardifs” avec un âge biologique de 11 ans qui côtoient des jeunes “précoces” qui peuvent être âgés biologiquement de 16 ans.

Ha tiens?! C’est rigolo! C’est justement la catégorie ou se passe les fameuses premières détections/sélections départementales… (les prémices de l’accès au Haut-Niveau et de la Filière Performance).

Un développement biologique plus avancé va permettre à un jeune joueur/joueuse d’être meilleur dans différents domaines athlétiques comme la force musculaire maximale, la force explosive, la vitesse en sprint ou encore la vitesse aérobie maximale (capacités aérobies).

Un joueur précoce va donc être capable de dominer au niveau physique sur le terrain ou lors de tests de performance bien plus que ses coéquipiers moins avancés biologiquement.

Inconsciemment la perception des capacités des joueurs et de leurs potentiels, par les entraîneurs des Sélections U13 (Département), des Pôles Espoirs U15 (Ligue) et des Equipes Nationales U15 (Pôle France-INSEP), est biaisée par le stade de développement biologique.

Les joueurs “tardifs” sont, en moyenne, mieux notés au niveau des capacités techniques et de l’intelligence de jeu, quand les joueurs “précoces” se voient attribuer des meilleures notes au niveau de la vitesse d’action et d’exécution (ce qui est une capacité très recherchée).

Cependant, il faut bien garder à l’esprit que ces différences induites par la croissance biologique ne sont que temporaires et s’appliquent seulement durant la puberté, avant de s’effacer…

Pendant cette phase, certains joueurs “tardifs” vont avoir les armes pour compenser avec des capacités techniques et tactiques supérieures et rester à niveau face à plus fort qu’eux physiquement.

Une fois leur puberté terminée (vers 18-20 ans), il n’est pas rare de voir ces joueurs “tardifs” surpasser ceux qui étaient “précoces”.

  1. Malina, Robert & Eisenmann, Joey & Cumming, Sean & Ribeiro, Basil & Aroso, João. (2004). Maturity-associated variation in the growth and functional capacities of youth football (soccer) players 13-15 years. European journal of applied physiology. 91. 555-62. 10.1007/s00421-003-0995-z.

C’est ce qu’on appelle…

L'effet "UNDERDOG" ou "BOOMERANG"

Mais pour que cet effet puisse avoir lieu, encore faut-il que les joueurs « tardifs » soient confrontés à des challenges qui leur permettent de se surpasser… C’est-à-dire qu’ils doivent franchir l’étape de la détection/sélection, et être conservés dans le système sportif jusqu’au niveau élite, pour se mesurer à des joueurs plus forts qu’eux. Ce qui, bien souvent, fait défaut dans le système actuel! Les joueurs «précoces» sont également perdants dans ce système, mais pour eux, la bombe est à retardement. En effet, une fois la puberté derrière eux, arrivés aux portes de l’élite, ces joueurs sont rattrapés par ceux qui étaient, quelques années auparavant, plus « tardifs » qu’eux. Et c’est souvent à ce moment-là que les joueurs «précoces» réalisent qu’ils ne peuvent plus s’appuyer sur leurs atouts physiques et qu’ils ne disposent pas du bagage technico-tactique suffisant pour rivaliser… Confrontés pour la première fois à de telles difficultés, ils ne savent pas ou peu gérer cette situation nouvelle où ils sentent dépassés. Les trois courbes représentent le gain de taille en centimètre par année lors de la puberté pour un enfant à développement « précoce », « normal » et « tardif » en fonction de l’âge chronologique. Au moment de la détection/sélection (rectangle gris) on peut observer que les joueurs, en fonction du développement qu’ils suivent, peuvent se trouver dans une phase différente de la puberté… influençant leur performance le jour de la détection. La prise en compte du développement biologique dans la détection/sélection des talents est donc indispensable afin que le potentiel de chaque joueur soit pleinement exploité, plutôt que d’avoir recours à un système qui compare ce qui ne peut pas être comparé… Les joueurs plutôt « tardifs », ayant besoin de plus de temps pour se développer.
  1. Gibbs, Benjamin & Jarvis, Jonathan & Dufur, Mikaela. (2012). The Rise of the Underdog? The Relative Age Effect Reversal Among Canadian-born NHL Hockey Players: A Reply to Nolan and Howell. International Review for the Sociology of Sport. 47. 644-649. 10.1177/1012690211414343.
  2. Till, Kevin & Cobley, Stephen & O’Hara, John & Cooke, Carlton & Chapman, Chris. (2013). Considering maturation status and relative age in the longitudinal evaluation of junior rugby league players. Scandinavian journal of medicine & science in sports. 24. 10.1111/sms.12033.

Pour résumer...

De “vrais potentiels” sont prématurément mis de côté de la filière Haut-Niveau et Performance du Basketball alors que les “retards” liés à une croissance biologique tardive disparaissent une fois la phase de puberté terminée.

Je ne dis pas que le système de formation français est catastrophique, puisque au contraire, il est de très bonne qualité. La preuve en est avec de nombreux jeunes qui sortent de l’INSEP avec des contrats aspirants ou professionnels à la clé pour rejoindre les différents clubs de Haut-Niveau (voire NBA et WNBA). Et pour les plus talentueux d’entre eux, avec une place dans les différentes Equipes de France!

Mais c’est bien le “système de détection/sélection” qui est loin d’être idéal! Et qui pourrait garantir une chance optimale à tous les vrais talents, aussi bien précoces que tardifs, via une meilleure prise en compte de la maturation et du rythme de développement biologique dans lequel ils se trouvent.

On a déjà le système de surclassement qui est mis en place, ce qui est une bonne chose pour les jeunes précoces (encore une fois), mais qu’est-ce qui est mis en place pour les jeunes “tardifs”?

J’ai bien conscience que le système idéal, où il n’y aurait plus (ou moins) d’erreurs et d’injustices vis-à-vis de nos futurs talents, est assez compliqué et est un peu comme un doux rêves… mais on à tout à fait le droit de réfléchir à la meilleure façon de se rapprocher de ce système idéal.

Et comme tous les rêves, pour qu’ils se concrétisent, il est nécessaire d’oser, d’y travailler dessus et de mettre des actions en place!

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